numérique • Le livre numérique ici et ailleurs

// numérique • Le livre numérique ici et ailleurs

Date : 2014-11-05 16:56:08


Au second trimestre 2014, le livre numérique représentait en France 4,5 % de la part de marché livre, contre 3 % l’année précédente. Ainsi, le déclic semble s’amorcer. Né à la fin des années 1990, le livre numérique est le fruit de nombreuses avancées technologiques et bénéficie aujourd’hui d’un format qui permet des réalisations éblouissantes, mais à quel prix ? Entre usages et offre, ce livre nomade présente bien des facettes, selon que l’utilisateur ou le créateur soient installés en Bourgogne ou ailleurs dans le monde !


Il aura donc fallu une série d’évolutions tant techniques que sociologiques pour voir se dessiner l’avènement des supports électroniques de lecture et du livre numérique : la démocratisation des produits de hautes technologies dits « nomades », tel que le walkman dans les années 1990, la révolution de la téléphonie mobile aux fonctionnalités hybrides de plus en plus développées, l’accès possible à Internet partout et à très haut débit ces dernières années, et enfin la miniaturisation des processeurs qui ont rendu très puissants bon nombre d’appareils domestiques, possédant désormais des écrans performants et adaptés : smartphones, liseuses et tablettes.


Naissance et développement


Dans le même laps de temps, et même si la première réalisation d’un livre numérique – un fichier numérique contenant la Constitution des États-Unis – date de 1971, ce n’est que parallèlement au développement d’Internet à la fin des années 1990 en France et des supports de lecture dans les années 2000, que le livre numérique achève sa transformation.

En effet, les éditeurs commencent à proposer une offre en 1996 et les bibliothèques en 1998, mais dans un premier temps uniquement au format PDF (fichier numérisé initialement destiné aux imprimeurs), puis au format ePub (e-Publication) aux alentours de 2007.

Deux marchés économiques aux ampleurs sans commune mesure et aux implications importantes se dessinent : celui des géants de l’industrie et de l’électronique qui développent et proposent les nouveaux supports de lecture, et le marché des livres électroniques balbutiant, à l’offre encore inférieure à 100 000 titres en 2013 sur le territoire…

L’encre électronique permettra le développement des liseuses, supports entièrement dédiés à la lecture : solution sur laquelle s’appuie encore Amazon avec son Kindle. Parallèlement, Apple développe l’écran tactile, une technologie utilisée pour l’Iphone et l’Ipad.

Rappelons qu’en 2002, un dossier de l’Enssib intitulé L’e-book, livre électronique, débutait son texte de présentation ainsi : « Rêve de science-fiction ? Rassembler tous les livres en un seul ? Les "e-book" ». À peine dix années plus tard, le scepticisme n’est plus de mise…


La vente en ligne et l’offre

À la fin des années 1990, Alapage.com, filiale de France Telecom, propose une offre en ligne de livres papier. Mais les habitudes de consommation ne sont pas encore au rendez-vous et le site fait rapidement faillite. Google lance alors son projet Google Books et fait trembler la planète entière, mais là encore, le succès n’arrive pas. Il faudra attendre l’année 2005 en France pour voir un opérateur revendre du livre numérique : Mobypocket.com, filiale du géant américain Amazon… déjà fort de son succès dans la vente d’ouvrages physiques.

Le premier acteur français, Numilog.com, la plateforme d’Hachette, ne sera opérationnel qu’en 2008. La France accuse un certain retard sur l’offre de vente de livres numériques, et le projet de portail de la librairie indépendante qui n’aboutit pas (et ferme définitivement en 2012) n’est que la résultante des rapports de force en place.

Malgré tout, ce qui peut apparaître comme un développement lent du livre numérique en France est aussi largement dû à la multitude de lieux physiques (librairies et bibliothèques) qui permettent de se procurer des ouvrages sur tout le territoire.

Aujourd’hui, l’aboutissement du format ePub 3.0 du livre numérique va permettre de générer une mise en page complexe (double colonne, superposition, etc.) et une intégration aisée d’éléments multimédias. L’un des exemples les plus pertinents et démonstratifs des possibilités offertes par ce format est l’ouvrage de Paul Veyne, Le Musée imaginaire.

Ce nouveau format permet en outre un référencement sans précédent, intégrant et respectant les normes ONIX de transfert d’information du livre et répondant ainsi aux fortes préconisations du SNE, d’Electre et Dilicom. Un virage stratégique majeur et de nouvelles compétences à maîtriser.


Au-delà de nos frontières

Les États-Unis restent évidemment le premier marché de l’e-book où celuici représente 30 % du marché du livre, contre 20 % en 2012. Les lecteurs utilisant plus volontiers qu’ailleurs des liseuses plutôt que des tablettes. L’Asie se place en seconde position avec, en particulier, la Corée du Sud(près de 50 %), le Japon et la Chine où l’attrait des nouvelles technologies trouve un relais immédiat dans la population, notamment pour la lecture de mangas.

La troisième place revient à l’Europe avec de fortes disparités entre l’Angleterre (environ 20 % du marché, mais avec un fort ralentissement de la progression des parts), l’Allemagne (5 %), et l’Espagne en forte progression – la crise économique faisant se tourner les lecteurs vers le numérique, moins cher que le livre papier.

L’Amérique du Sud, et en particulier le Brésil, connaît une forte croissance de la vente de livre numérique. Et quant aux pays arabes,ils sont confrontés à des difficultés techniques : pas d’harmonisation des typographies, pas de sécurisation suffisante pour l’achat en ligne, et forte présence du piratage, à l’instar de la Russie.


Près de chez nous

En Bourgogne, les choses évoluent également : environ un auteur sur deux dispose d’un ou plusieurs ouvrages en version numérique.
Les éditeurs avancent prudemment. Certes, tous détiennent aujourd’hui un site Internet, mais seuls 20 % d’entre eux proposent des ouvrages numériques à la vente.
Quant aux libraires, s’ils ne sont que 5 à proposer des ouvrages numériques à la vente, plus d’une moitié d’entre eux a le projet de vendre des livres en ligne via un site Internet, étape conseillée pour qui voudrait ensuite se lancer dans la vente de fichiers numériques.

L’un des enjeux forts de l’éventuel contrat de progrès pour le livre en Bourgogne sera donc bien d’intégrer la question du numérique afin d’accompagner et de renforcer les pratiques naissantes des professionnels du livre bourguignons.


David Demartis