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Date : 2015-10-07 14:22:58


Éric Rückstühl : l’écriture plurielle


Éric Rückstühl, dessinateur de bande dessinée, est originaire de Dijon, mais puise son inspiration à l’autre bout de la France… en Corse ! Et c’est un drame historique, celui du centre pénitencier pour enfants ouvert sous le Second Empire près d’Ajaccio qu’il a choisi de raconter, à travers la bande dessinée Le Bagne de la honte et le documentaire Le Bagne oublié.

Le projet de réaliser Le Bagne de la honte est né d’heureuses rencontres : le scénariste de bande dessinée Frédéric Bertocchini, l’historien Philippe Martinetti, et enfin René Santoni, auteur du livre La Colonie horticole de Saint-Antoine regroupant divers témoignages écrits sur le premier bagne pour enfants construit en Corse.
Cristallisant les synergies de l’historien, de l’auteur, du scénariste et du dessinateur, Le Bagne de la honte est publié en deux tomes aux éditions DCL, en mars 2011 puis en janvier 2012. La bande dessinée nous ouvre les portes du bagne de Saint-Antoine, sur les hauteurs d’Ajaccio, mis en place en 1855 par Napoléon III afin d’accueillir des mineurs délinquants. Tandis qu’ils sont censés recevoir une éducation morale, ces jeunes enfants deviennent très rapidement victimes de gardiens tortionnaires et subissent de nombreux sévices. Éric Rückstühl et Frédéric Bertocchini écrivent à ce propos : « c’est dans ce monde de violence où guettent la mort et le désespoir, que nous avons retrouvé la trace de quelques-uns d’entre eux : Antoine Teurice, Xavier Trouvé ou Joachim Evain. Les noms de ces enfants sont véritables, mais leur histoire – bien que s’appuyant sur une grande documentation – est racontée ici avec notre sensibilité personnelle ».

Le 31 mars dernier, à l’occasion des 9e rencontres de la BD de Longvic, est projeté le documentaire Le Bagne oublié de Laurent Santoni et Xavier Torre, réalisé en début d’année. Le documentaire a pour vocation de retracer l’histoire du système judiciaire mis en place par Napoléon III pour l’enfermement des enfants, à travers le bagne de Saint-Antoine. Le Bagne de la honte ayant contribué à réanimer cette partie de l’Histoire oubliée et effacée de la mémoire collective, le parti pris des deux réalisateurs est de confier l’illustration du documentaire à Éric Rückstühl.

« L’approche graphique est nécessairement différente
lorsqu’il s’agit d’une bande dessinée ou d’un documentaire. »

Plus qu’une simple adaptation de la bande dessinée en film documentaire, l’auteur dijonnais a alors réalisé près de soixante-dix dessins animés en noir et blanc, dans un style qui se veut très éloigné des illustrations composant les deux tomes du Bagne de la honte. En effet, il nous confie que son approche graphique est nécessairement différente lorsqu’il s’agit d’une bande dessinée ou d’un documentaire.
Si l’histoire racontée est la même, la bande dessinée reconstitue concrètement les éléments figuratifs d’une époque, de lieux et de personnages sous un angle pédagogique, tandis que le documentaire offre à voir les détails sordides du vécu, accompagné de témoignages et de documents administratifs.
Ainsi, Éric Rückstühl adapte son travail au support de création et précise que s’il opte pour un trait clair et un travail de l’image en couleurs de manière pudique pour la bande dessinée, les illustrations réalisées pour le documentaire soulignent la violence à l’œuvre dans le bagne, à travers un trait noir plus brutal.

Ainsi, bande dessinée et documentaire se nourrissent-ils l'un de l'autre : une complémentarité souhaitée et parfaitement maîtrisée par Éric Rückstühl.

• Léa Mauvais-Goni