initiatives (d)étonnantes • À Dijon les polars sont à la barre !

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Date : 2015-04-15 20:56:19


À Dijon les polars sont à la barre !


En juin 2014 s’est tenue la première édition des « Plaidoiries pour un polar » en plein centre-ville de Dijon : un après-midi de procès imaginaires dressés à l’encontre de six romans policiers. À l’issue des plaidoiries, le verdict tombe : une seule œuvre est acquittée et permet à son auteur de recevoir le Prix du polar du Barreau de Dijon !

L’idée des « Plaidoiries pour un polar » vient du désir d’Emmanuel Tourailles, avocat et bâtonnier, de valoriser les concours d’éloquence organisés par l’Ordre des avocats. À l’origine, l’objectif était de rendre visible le talent des jeunes avocats et de les « faire sortir du tribunal et des salles d’audience ».
C’est en s’inspirant du Prix marseillais du polar qu’il décide de mettre le roman policier au cœur de son projet, et s’allie à 813, l’association des Amis des littératures policières, ayant pour but de faire vivre, de promouvoir et de défendre le genre policier. Ses membres ont pour mission de définir une sélection de six romans, dont la défense sera assurée par des avocats commis d’office, qui ne sont toutefois certainement pas choisis au hasard puisqu’ils sont tous lauréats du Prix d’éloquence du concours de la Conférence du barreau.

Ainsi, le samedi 14 juin 2014, substitut du procureur, avocats, jurés d’assises et jurés littéraires ont investi la place Émile-Zola à Dijon, qui, au temps où elle s’appelait encore place du Morimont, était le lieu privilégié des exécutions publiques… Un lieu savamment choisi donc, pour permettre à Julien Le Gallo, substitut du procureur de la République, d’entamer des réquisitions contre les six romans sélectionnés. Au banc des accusés : L’homme qui a vu l’homme de Marin Ledun, Petite Louve de Marie Van Moere, L’expatrié d’Elsa Marpeau, Black Cocaïne de Laurent Guillaume, Casher Nostra de Karim Madani et pour finir, Du vide plein les yeux de Jérémie Guez.

Tous ont été soumis au jugement d’un jury original composé d’Emmanuel Vion, juge d’instruction – assisté par Emmanuel Touraille –, de Joffrey Burnier, président de l’Union des jeunes avocats et de François-Xavier Bernard, avocat au Barreau de Dijon. À leurs côtés également, Marie Vindy, chroniqueuse judiciaire et auteur de romans policiers, Ingrid Sautereau, bibliothécaire détachée à la Maison d’arrêt de Dijon et Gilles Dupont, journaliste au Bien public.
« Il a fallu, car c’était le jeu, se mettre d’accord et trouver le bon équilibre entre les livres en tête des choix des membres du jury et les plaidoiries, sans pour autant privilégier l’un par rapport à l’autre », rapporte Marie Vindy.

À l’issue des délibérations, le jury décida finalement d’acquitter Petite Louve, un roman que le substitut du procureur voulait « passer au lance-flamme et réduire en cendre », rivalisant de propos outranciers lors de son réquisitoire. Quant à son auteur, Marie Van Moere, elle fut invitée à recevoir le Prix du polar du Barreau de Dijon à la librairie Grangier quelques semaines plus tard. L’occasion pour elle de présenter son travail, en compagnie de Maître Chloé Bonnat, dont la plaidoirie avait su influencer le jury en faveur de Petite Louve. Mais au-delà d’une simple rencontre promotionnelle avec le public, il s’est agi surtout d’un moment de débat, animé par Marie Vindy, duquel est ressorti le lien étroit entre réalité et fiction à l’œuvre dans le roman policier.

Valoriser l’éloquence de jeunes avocats et promouvoir le roman policier, c’est bien la convergence de ces deux objectifs qui a fait fonctionner cette manifestation. Si pour l’association 813 l’enjeu est surtout
de faire découvrir des auteurs français souvent méconnus du grand public en valorisant leurs œuvres, ces procès imaginaires ont également su porter de véritables réflexions croisées entre la littérature et la justice : « le roman noir interroge la justice, qu’elle soit celle de la République ou celle des hommes, quoi de plus passionnant que de le soumettre à des hommes et femmes de loi ? »

Si la première édition des « Plaidoiries pour un polar » n’a eu qu’un impact timide auprès du public – bien qu’elle n’ait pas manqué d’interpeller les passants –, l’édition 2015 quant à elle s’annonce très prometteuse. En effet, trois bibliothécaires participeront à la sélection des titres aux côtés de l’association 813.

Par ailleurs, la manifestation sera inscrite au programme du festival littéraire Clameur(s), qui se tiendra à Dijon du 12 au 14 juin : un tremplin considérable en termes de logistique et de visibilité, qui permettra également d’inviter les auteurs des six polars qui se tiendront à la barre.


• Léa Mauvais-Goni



Avec nos remerciements à Marie Vindy
+ Plaidoiries pour un polar
2e édition : samedi 13 juin 2015
+ Clameur(s)
www.clameurs.dijon.fr