europe • L'international : une opportunité pour les éditeurs en région

// europe • L'international : une opportunité pour les éditeurs en région

Date : 2014-11-05 16:55:48


En vue de préparer leur présence au dernier Salon du livre de Paris, six éditeurs bourguignons ont suivi une formation sur la cession et l’acquisition de droits étrangers. Pour Laure Pécher, agent littéraire à l’Agence Pierre Astier & Associés, les éditeurs en région ont tous les moyens d’exister à l’international. Il suffit de se décomplexer, leur a-t-elle confié, mais aussi d’acquérir les clés de compréhension des différents marchés nationaux et les techniques de négociation. Retour sur un marché en plein essor dans lequel la part belle est faite à l’Europe.



Le français, deuxième langue traduite dans le monde

Les cessions de droits progressent malgré les difficultés du marché du livre et représenteraient 5 à 7 % du chiffre d’affaires total de l’édition française. Avec la signature de 11 892 contrats de cessions signés en 2013 (soit une augmentation de 7,7 % par rapport à 2012) le français est la deuxième langue traduite dans le monde, très loin derrière l’anglais.


L’Europe : un marché attractif qui ne doit pas faire oublier le reste du monde

Si l’Union européenne concentre encore une très grande partie des cessions de droits d’ouvrages français, il est important de noter que depuis 2012, selon les Repères statistiques SNE/BIEF (sur la
déclaration de 143 éditeurs répondants), la langue chinoise est la première langue d’extraduction pour le français (12,8 % des cessions), suivie par l’italien, l’espagnol et l’allemand.

Comparer ces marchés qui acquièrent le plus d’ouvrages français avec le montant moyen des à-valoir qu’ils proposent nous permet de cibler les pays avec lesquels il faut travailler en priorité, les marchés« faciles à travailler », selon Laure Pécher. L’Allemagne arrive en tête, suivie par l’Italie. L’Espagne, du fait de la crise économique qu’elle essuie, est un marché encore sinistré, comme le Portugal qui connaît une grande concentration dans le domaine du livre. Même si les cessions vers le Royaume-Uni ont légèrement augmenté ces dernières années, la Grande-Bretagne reste un marché difficile à aborder pour les petits éditeurs, ce dernier ayant tendance à travailler en « vase clos » , ce qui n’est pas le cas, malgré l’image qu’on veut bien lui donner, des États-Unis, pays dans lequel les cessions du français augmentent régulièrement notamment dans le domaine des sciences humaines (importance des Presses universitaires en Amérique du Nord).

Outre ces marchés puissants, nommons ceux qui sont en progression et qui peuvent se montrer intéressés par la production d’un petit éditeur français. En Europe, les pays scandinaves (Danemark, Suède, Finlande, Norvège), les pays de l’Est comme la République Tchèque ou la Russie ou encore la Turquie sont des espaces géographiques et linguistiques à travailler.

Au-delà de l’Europe, on retrouve naturellement l’Asie (Japon, Chine, Corée, très demandeurs aux dires de Laure Pécher), mais aussi l’Amérique latine avec notamment le Mexique et les pays lusophones qui offrent aujourd’hui de meilleurs débouchés pour la langue portugaise que le Portugal lui-même.

Il est essentiel de bien connaître un marché avant de l’attaquer. Pour cela, le site du BIEF (Bureau international de l’édition française) propose des ressources essentielles : études de marché, enquêtes thématiques mais aussi structuration des marchés avec la présentation des plus grandes maisons d’édition du pays en question. Données à compléter auprès du réseau des instituts français à l’étranger qui, depuis le pays en question, peuvent offrir des renseignements précieux en matière de cessions de droits.


Quel ouvrage pour quel marché ?

En termes de statistiques, la progression de la bande dessinée depuis 2010 (26,8 % du total des cessions) est venue modifier la configuration du traditionnel trio gagnant : littérature/sciences humaines/ jeunesse. Aujourd’hui, les livres pour la jeunesse représentent 29,3 % des contrats signés quand la fiction, avec 15 %, tient son rang et que les sciences humaines et sociales (11,4 %) accusent un léger recul, même si elles restent un vecteur essentiel de diffusion de la pensée française dans le monde.

Il est également important de cerner les « préférences éditoriales » selon les zones géographiques : à l’heure actuelle, on traduira plus de littérature en Europe alors que l’Asie et l’Océanie seront plus intéressées par des livres de jeunesse pendant que l’Amérique latine va chercher en France et ailleurs des sciences humaines. Sur le terrain maintenant, il n’y a malheureusement pas de recette miracle : ce qui peut être considéré comme un best-seller ou tout simplement un chef-d’œuvre en France ne trouve pas nécessairement de répondant à l’étranger, bien souvent malgré les ressources déployées par l’éditeur pour le défendre ; et à l’inverse, on ne manque pas d’exemples d’outsiders, ces titres peu travaillés qui peuvent être achetés dans 15 pays en très peu de temps.

En revanche, nous pouvons nous faire le relais d’un conseil de raison délivré par l’agence littéraire Mon agent et compagnie : « Pour les éditeurs qui ne se sentent pas la fibre commerciale, il s’agit de trier les arguments qu’ils attendraient eux-mêmes, dans le cas inverse, pour acheter les droits d’un livre. Il faut en tous cas rester convaincu de ce que l’on défend et honnête (reconnaissant ses qualités et ses défauts potentiels), et ne jamais oublier que si l’on a été assez confiant pour publier le livre dans sa maison, un autre éditeur pourra certainement être séduit lui aussi par son potentiel ! Le reste est une histoire de patience ».

Ajoutons à cela qu’une production régionaliste peut tout à fait attirer les éditeurs étrangers, comme, par exemple, la spécificité du patrimoine viticole en Bourgogne.


Trouver les bons contacts


Enfin, et Laure Pécher s’est évertuée à le répéter, acquérir ou céder des droits, c’est avant tout une question de réseau. Réseau qui se compose prioritairement avec les éditeurs étrangers puis autour des scouts¹ (à qui il est important de présenter sa maison d’édition), les subagents² et les traducteurs eux-mêmes avec qui, en revanche, aucune négociation commerciale ne doit être engagée.

Toutes ces personnes se rencontrent évidemment sur les grandes Foires internationales – Foire de Francfort, Foire de Londres et Salon du livre de Paris pour les plus importantes – mais aussi dans le cadre de programmes de fellowship (par exemple voyages d’étude permettant de rencontrer les éditeurs et les acteurs du livre du pays en question) pour lesquels Laure Pécher a encouragé les éditeurs de Bourgogne à postuler.

Une fois le marché analysé et les contacts établis, on entre dans la phase de démarchage et de suivi puis de négociation commerciale. Là-dessus, les ressources que nous proposons vous en diront beaucoup plus.


Bertille Détrie




¹ Les scouts sont, à l’étranger, chargés par un éditeur de prospecter pour lui le marché local et d’y détecter des productions susceptibles de s’intégrer dans sa politique éditoriale.

² Intermédiaire pour la maison d’édition et même souvent pour les agents d’auteurs, dans un pays donné, pour négocier une cession de traduction.