europe • Europe créative : soutenir la culture… donc le livre !

// europe • Europe créative : soutenir la culture… donc le livre !

Date : 2014-03-13 17:22:00


Le nouveau programme culturel de l’Union, Europe créative, acte l’importance de l’art et de la culture dans la transition européenne. « Plus qu’un simple outil de financement, il propose d’investir dans de nouvelles initiatives et réseaux de coopération à même de soutenir, d’ici 2020, une Europe culturelle ouverte sur le monde et porteuse de dynamique économique et sociale. »


En d’autres termes, le programme 2014-2020 tente de donner un cadre d’action pour répondre aux usages et besoins des Européens. Europe créative s’inscrit dans la stratégie européenne d’intégration territoriale et d’accès à la culture, mais décale l’angle d’attaque et par là-même s’ouvre aux usages nouveaux, induits par le numérique.

La co-création européenne avant tout

En novembre dernier, la journée de présentation du nouveau programme s’est ouverte par une intervention de François Taddei, directeur du CRI, Centre de recherche interdisciplinaire, abrité par l’université Descartes à Paris. Le message de ce spécialiste des sciences du vivant : ouvrons-nous aux autres car nous en avons besoin.
99 % de la créativité est produite hors de notre pays, l’Europe en accueille seulement 10 %. Dans la course permanente à l’évolution, nous devons nous interroger sur notre capacité à transmettre et à créer. « La créativité prend du temps et se co-construit à plusieurs, s’inspirant d’idées de mondes extérieurs », nous dit-il. L’intelligence collective. Voilà ce que ce nouveau programme, qui se déploiera sur sept ans, souhaite réaliser à travers les actions et projets de tout un chacun.
La co-création permettrait en effet de balayer la crainte d’un soi-disant élitisme puisqu’elle s’appuierait avant tout sur des valeurs partagées. Ce défi formidable de co-construction des savoirs trouve ainsi un cadre d’action avec Europe créative.

Public vs Consommateur

La deuxième préoccupation de ce programme entend, comme c’est à la mode depuis plusieurs années, rentabiliser son action en termes d’audience. Europe créative ne requiert plus seulement la création de spectacles ou de films dits « européens », mais souhaite interroger leurs réceptions auprès du public.
Ainsi, cette journée de présentation a également mis en exergue la capacité des outils numériques à devenir des moyens d’interactions à l’échelle d’une population mondiale. Deux axes ont émergé : la nécessité d’élargir un public sans le transformer en consommateurs, et celle de former des médiateurséducateurs capables de conjuguer des pluriels numériques au profit d’une pensée et de les transmettre.

Europe créative = 56 % Media + 31 % Culture
+ 13 % Transsectoriel


Concrètement, Europe créative propose de financer le développement de films, programmes télévisés et jeux vidéo européens ; leur distribution et promotion ; la formation d’artistes et de professionnels de la culture et de la création ; la traduction littéraire et la coopération transnationale.

S’agissant du sous-programme Culture, il intervient dans quatre domaines :
  • les projets de coopération transnationale, dont l’objectif est de soutenir quelque 250 000 artistes et professionnels de la culture (expositions, échanges, festivals, formations) ;
  • les soutiens aux réseaux et plateformes, visant à renforcer la capacité des professionnels de la culture à travailler au-delà des frontières – les réseaux fonctionnant entre professionnels, contrairement aux plateformes qui, elles, s’adressent au public ;
  • la traduction littéraire qui pourra soutenir jusqu’à 4 500 projets éditoriaux.
Dès 2015, le volet transsectoriel, doté de 121 millions d’euros, sera notamment « consacré à un fonds de garantie destiné à faciliter les prêts aux entreprises et organismes culturels et créatifs, et financer des projets pilotes reliant différents secteurs culturels et créatifs ». À cela s’ajoutent les capitales européennes de la culture, ainsi que la remise de prix récompensant notamment des auteurs européens émergents dans le domaine de la fiction ou des projets marquants de préservation du patrimoine culturel.

Comme l’ont réclamé les acteurs du terrain, une attention particulière sera accordée aux projets de petite envergure. Le rythme a également été revu : le dépôt des dossiers se fera en général avant l’été, pour une soumission à l’automne. Les critères : la qualité des partenariats et de leurs contenus et celle des plans de communication.
Attention, les projets sont ouverts aux opérateurs culturels ayant une personnalité juridique depuis au moins deux ans à la date de dépôt des candidatures.

Et le livre…

La nouveauté du programme 2014-2020 est l’attention portée à la promotion et la diffusion des oeuvres traduites, avec toujours au coeur de celle-ci la question du numérique. Ainsi les livres numériques sont-ils éligibles.
Deuxième nouveauté : en plus de la fiction adulte, de la poésie et du théâtre, pourront être défendus des projets éditoriaux de jeunesse et de bande dessinée. Un bémol néanmoins sur les sciences humaines qui ne sont toujours pas incluses. Une exception étonnante, « la lecture des livres étant indispensable à la compréhension des autres cultures », nous expliquait-on lors de cette journée de novembre. Enfin, la traduction vers les langues pivots sera privilégiée et priorité sera donnée à la mise en valeur des traducteurs dont les biographies devront figurer dans chaque ouvrage traduit.

Les professionnels du livre et de la lecture peuvent d’ores et déjà se saisir des opportunités de financement d’Europe créative : le premier appel à proposition a été lancé en décembre 2013, avec une première date limite de dépôt en ce mois de mars 2014. Rassurez-vous, le programme est ouvert jusqu’en 2020 ! L’appel est divisé en deux catégories : la première vise des projets d’une durée maximale de deux ans, soutenus jusqu’à 50 % du budget de traduction de 3 à 10 œuvres de fiction.
La deuxième catégorie, « Accords-cadres de partenariat », concerne les plans d’action basés sur une stratégie à long terme pour la traduction, la distribution et la promotion d’un ensemble d’oeuvres de fiction traduit (5 à 10 ouvrages par an pendant la durée de l’accord).

Notons que le livre tient une place substantielle dans le programme Europe créative, non seulement à travers la traduction littéraire mais aussi dans le volet transsectoriel. Car au-delà de la promotion de la diversité culturelle et linguistique dans un « espace fragmenté » et de l’intégration de la révolution numérique, Europe créative entend renforcer la compétitivité des secteurs culturels et créatifs.
Des secteurs au potentiel inexploité, alors que leurs rythmes de croissance sont supérieurs à la moyenne. D’où cette nouvelle préoccupation : l’accès au financement des PME via le fonds de garantie bancaire.


Aurélie Miller