entretiens • La médiathèque : cœur battant de Tonnerre

// entretiens • La médiathèque : cœur battant de Tonnerre

Date : 2014-03-13 11:28:33


Inaugurée en décembre 2012, la médiathèque Ernest-Coeurderoy de Tonnerre a quitté son cadre patrimonial pour s’installer dans un nouveau bâtiment de basse consommation. Rencontre avec Jean-François Demagny, élu à la culture de la ville, Marie- Christine Beccavin, directrice de la médiathèque, et Joëlle Coppola-Garnier, assistante de conservation, deux bibliothécaires aux profils parfaitement complémentaires !

Jean-François Demagny, Joëlle Coppola-Garnier et Marie-Christine Beccavin © Aurélie Miller/CRL Bourgogne 

Marie-Christine Beccavin a débuté sa carrière à la bibliothèque de Tonnerre en 1982, juste après l’obtention d’un certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire. « Tout était encore à faire » note-t-elle, « il n’y avait, à l’époque, qu’une pile de livres en désordre ! ». Aujourd’hui à la tête du service culturel de la ville de Tonnerre, elle dirige la nouvelle médiathèque, avec à sa charge le secteur adulte, le fonds ancien et les animations.

Le parcours de Joëlle Coppola-Garnier est, lui, plus atypique. Elle est entrée à la bibliothèque en 1987, dans le cadre d’un Tuc (travaux d’utilité collective). Formée par l’Association des bibliothécaires de France, elle se qualifie elle-même de « pur produit de la formation interne ! ». Elle a gravi les échelons et s’occupe aujourd’hui du secteur jeunesse et de la gestion administrative et informatique.

Genèse du déménagement

Le projet de rénovation et de réorganisation de la bibliothèque municipale s’est imposé au duo comme une nécessité. Les anciens locaux n’étaient plus adéquats : leur accès était difficile, ils étaient peu visibles, et la surface devenait insuffisante. Remédier à ces freins devenait primordial.
Leurs expériences leur ont permis de monter un projet précis et adapté au contexte. Le choix du bâtiment fut controversé au début, puisque l’édifice d’origine, au patrimoine architectural indéniable, fut troqué contre un bâtiment moderne à basse consommation énergétique. « Nous avons alors choisi de faire passer l’enjeu de la lecture publique et de son avenir avant tout », explique Jean-François Demagny.

Fréquentation : + 260 % !

Les Tonnerrois ont répondu présent et plébiscitent ce nouveau lieu de travail et de lecture. Grâce à l’accès au Wifi, à la proximité du lycée et à l’accessibilité du bâtiment, la médiathèque a vu son lectorat « traditionnel » s’enrichir et rajeunir. Les chiffres en témoignent : la fréquentation est passée de 7 700 à 27 700 personnes en un an !
Cette fréquentation nouvelle remplit aussi l’un des objectifs majeurs du projet : attirer un public jeune, l’inciter à lire et à s’intéresser à tout support écrit.

Ce projet a permis à Marie-Christine Beccavin et Joëlle Coppola d’aller plus loin dans leur idée et que leurs souhaits deviennent réalité. Elles étaient et sont encore plus attentives aux populations qui ont besoin d’un accès continu, au public pour lequel la médiathèque et ses ressources représentent un lieu de loisirs, parfois leur unique distraction. La médiathèque se devait d’incarner le lien social et culturel. Ainsi celle-ci bénéficie d’une amplitude horaire d’ouverture très étendue : près de 35 heures ; elle demeure également ouverte durant les vacances scolaires. Cela contribue à créer une proximité, une relation humaine intense entre les bibliothécaires et la population.

Le cœur culturel de la ville

Grâce à cette relation de proximité et aux animations mises en place depuis de nombreuses années, la médiathèque est devenue le point d’ancrage d’un public fidèle, dans l’attente de propositions. Entre café littéraire, expositions, le salon du livre et le festival « Écrits et dits », le lieu est devenu le point central du paysage culturel de la ville. Et son action s’exprime également hors les murs : le portage à domicile et dans les maisons de retraite n’a jamais cessé, et les conférences, spectacles et contes sont régulièrement accueillis à la librairie, à la galerie municipale, etc.

Seul bémol : aucun espace n’est encore réellement dédié aux animations. Les deux bibliothécaires s’accordent à dire que « c’est ce qui fait défaut pour aller au bout du projet ». L’élu à la culture énonce à ce sujet un budget qui les a limités. Imaginée comme un projet porté par la communauté de communes, la médiathèque est finalement restée municipale, même si elle rayonne au-delà de la ville. Peut-être la réorganisation des cantons déclenchera-t-elle une nouvelle réflexion. Jean-François Demagny espère encore créer un réel mouvement, qu’une synergie s’exprime sur un territoire dépassant les limites de Tonnerre.

La place de la médiathèque au sein de la politique culturelle de la ville est donc centrale. L’idée d’en faire un lieu de vie qui soit aussi un lieu de culture s’est affirmée, et elle s’impose aujourd’hui comme le premier médiateur de la vie culturelle de Tonnerre.

Tatiana Debert-Lipiec



Coup de cœur La clôture des merveilles de Lorette Nobécourt, véritable incursion dans la vie de l’abbesse Hildegarde de Bingen. « C’est une petite merveille d’écriture et d’humanité. Lorette Nobécourt possède une écriture extrêmement ciselée. »
À découvrir aussi, les auteurs hongrois, tels Sándor Márai et Magda Szabó : « ils possèdent une puissance d’imagination, une écriture et un univers extraordinaires ».

Coup de gueule « Il y a peut-être trop de livres “faciles” qui saturent actuellement le marché du livre. Cela contribue à une rotation trop rapide des livres en librairie. À ce propos, je pense que les bibliothèques devraient acheter leurs ouvrages en priorité aux libraires de leur commune, comme ils devraient s’efforcer de promouvoir l’édition produite en région. »