entretien • Écrit-écran : la lecture hybridée à la médiathèque de Saint-Rémy

// entretien • Écrit-écran : la lecture hybridée à la médiathèque de Saint-Rémy

Date : 2015-04-15 20:55:47


Écrit-écran : la lecture hybridée à la médiathèque de Saint-Rémy





Pierre-Yves Cartillier, directeur de la médiathèque L’@ncre de Saint-Rémy, nous reçoit dans un espace rénové, attractif, résolument tourné vers le numérique. Dans l’espace jeux vidéo, assis sur du mobilier de jardin moderne et coloré faisant écho à la terrasse végétalisée, il nous parle du tournant numérique de la médiathèque lié aux nouvelles pratiques de lecture des usagers. Les écrans côtoient désormais les livres pour la plus grande satisfaction de l’équipe et du public !






Bourgogne côté livre :
Quel a été votre parcours professionnel avant d’arriver à la direction de la médiathèque de Saint- Rémy ?


Pierre-Yves Cartillier : À l’origine, je ne suis pas du tout bibliothécaire. J’ai une formation universitaire d’historien et au début de ma carrière, j’étais engagé dans le monde associatif. J’organisais des manifestations d’art contemporain et de la diffusion de cinéma expérimental. Très rapidement, j’ai travaillé autour de l’image et des mondes numériques. J’aurais bien aimé travailler dans le patrimoine aussi, plus précisément dans la médiation du patrimoine, donc soit dans l’hyper vieux soit dans le très récent !
Et puis je suis rentré dans les médiathèques au début des années 2000, un peu par hasard. J’avais monté une maison d’édition avec des copains, je vendais des livres à l’entrée des spectacles et j’ai
rencontré une directrice de médiathèque qui s’est intéressée à mon profil. Je suis rentré comme ça, et j’ai alors commencé à m’occuper de tout ce qui était communication et numérique. J’ai eu la chance de pouvoir rentrer par la petite porte et ce n’est qu’ensuite que j’ai passé le concours de bibliothécaire.

BCL : Comment est né ce projet de transformation de la bibliothèque municipale en une médiathèque foncièrement tournée vers le numérique ? Quelle est la genèse de cette mutation ?

P.-Y. C. : Quand je suis arrivé, j’ai eu une demande : « Que pourriez-vous proposer pour faire évoluer cette bibliothèque vieillissante ? ». La première étape a été une sorte d’audit, d’évaluation de l’existant et d’identification des atouts et des contraintes. Une fois le diagnostic établi, j’ai commencé à faire des propositions. Il était possible de transformer ce lieu à moindre frais, car tout était là. Il fallait simplement rendre cet espace attractif, accueillant et innovant.
Au final, nous sommes arrivés à un projet très ambitieux, car à l’échelle d’une ville comme Saint-Rémy, c’était une révolution. La Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne et le Conseil régional de Bourgogne nous ont soutenus et les échos positifs que nous avons reçus nous ont vraiment stimulés.


« Il faut trouver des moyens de reconquérir les publics qui ont été largement séduits par les réseaux, par Internet, et qui considèrent qu’ils n’ont plus besoin d’aller à la bibliothèque. »


BCL : Quels sont les services innovants que la médiathèque propose désormais à ses usagers ?

P.-Y. C. : Nous avons acheté du matériel numérique qui nous sert de support d’animation, comme c’est le cas pour le conte numérique : nous racontons une histoire qui est parallèlement projetée grâce à une tablette, et les enfants interagissent. Pour les enfants et les ados, nous proposons également des tournois de jeux vidéo. Peut-être que dans deux ans cela sera déjà dépassé, mais ce n’est pas grave, nous aurons au moins testé la chose ! Nous travaillons également avec un EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de la commune et réfléchissons à une façon de travailler sur des jeux de mémoire avec des tablettes. L’équipement doit se penser en termes d’activités ! Nous espérons également mettre en place du prêt numérique l’année prochaine, et ce à partir de notre portail, car c’est un outil très important qui a contribué à développer l’identité numérique de la médiathèque.

BCL : Quel en est l’impact sur les usagers ? Et notamment sur la fréquentation de la médiathèque ?


P.-Y. C. : Grâce à cet équipement, nous avons significativement augmenté le nombre d’adhérents. Mais nous avons aussi tout un public qui ne fait que fréquenter la médiathèque sans s’inscrire, sans renouveler sa carte, qui utilise les ordinateurs, profite des liseuses… C’est un public à part entière ! Les prêts stagnent ou baissent mais l’important est que les gens aient envie de rentrer, car il faut trouver des moyens de reconquérir les publics qui ont été largement séduits par les réseaux, par Internet, et qui considèrent qu’ils n’ont plus besoin d’aller à la bibliothèque.

BCL : Vous pensez que cela contribue à dépoussiérer l’image de la bibliothèque ?

P.-Y. C. : Ce que je constate, c’est que la fréquentation est en augmentation. Oralement, nous avons des retours très positifs, « c’est vivant », « on s’éclate » ! Je pense que maintenant les habitants de Saint-Rémy sont très attachés à ce lieu, et nous ne pourrons plus jamais revenir en arrière. Ils se sont approprié les lieux, les usages, etc. Aujourd’hui, le public adore voir des jeunes danser sur Just dance parce que cela leur permet de constater qu’il y a de la vie dans leur ville. L’impression d’ensemble, c’est un lieu qui explose de vie !

BCL : Quelles actions de communication mettez-vous en place pour promouvoir les animations et services de la médiathèque ?

P.-Y. C. : Nous avons un portail mais nous ne communiquons pas très bien. Nous pourrions être plus « agressifs », être présents sur les réseaux sociaux, mais nous n’avons pas encore la culture de la valorisation et de la communication. Néanmoins, l’envie est désormais bien là, et aujourd’hui l’équipe souhaite se lancer dans la communication.


© Pierre-Yves Cartillier


BCL :
Au-delà de la médiathèque de Saint- Rémy, vous paraît-il globalement pertinent de s’assurer une certaine visibilité sur des espaces Web tels que les réseaux sociaux, pour moderniser l’image de la bibliothèque et instaurer une nouvelle proximité avec les usagers ?


P.-Y. C. : Oui, tout à fait, car ce sont des biais incontournables de diffusion de l’information. Je vois bien, en tant qu’usager de Facebook, le nombre de choses que je découvre par ce biais-là. C’est un outil de découverte dans lequel les bibliothèques ont totalement leur place. Mais cela pose quand même des problèmes de profils et de carrières : il faut que les bibliothécaires soient formés pour pouvoir s’approprier ces nouveaux modes de communication et de valorisation.

BCL : 18 mois après cette véritable mutation de la bibliothèque, quel est votre bilan ?

P.-Y. C. : C’est un bilan positif. Nous avons réussi notre mutation et nous avons encore quelques années devant nous pour développer d’autres choses. Nous avons modernisé le projet culturel, gagné des publics et gagné en notoriété. Pour moi, la plus grande satisfaction, c’est aussi l’évolution de mon équipe ! Ils étaient déjà très professionnels quand je suis arrivé, mais ils ont maintenant un temps d’avance dans leur métier et c’est ce que je souhaitais. Ce qui reste à faire, c’est l’intégration de ce nouvel équipement dans la vie communale de façon plus large.

BCL : Vous avez participé au jury de recrutement du poste Culture et Développement numérique, porté par le lab (Liaisons Arts Bourgogne) et le CRL. Quelles sont vos attentes pour cette mission de 10 mois ?

P.-Y. C. : J’imagine une mission en plusieurs étapes. Il faudra dans un premier temps faire un état des lieux : découvrir les différents acteurs du numérique en Bourgogne, voir quelles sont les potentialités et évaluer les besoins des professionnels du livre en termes de numérique. Il me semble qu’il y aura de plus en plus de dispositifs éditoriaux et financiers incluant une clause numérique, ce sera donc essentiel d’avoir quelqu’un qui puisse appréhender et orchestrer tout cela. Quelqu’un qui soit capable d’évaluer la situation : qui travaille avec quoi ? Qui sont les nouveaux professionnels ? Quelles sont les nouvelles techniques et comment se les approprier ? Dans un deuxième temps, il faudra traduire avec justesse les besoins des acteurs pour pouvoir par la suite mettre en place un programme d’actions.


• Propos recueillis par Maud Curtheley et Léa Mauvais-Goni



+ Médiathèque L’@ncre
4 bis, rue d’Ottweiller à Saint-Rémy
03 85 42 54 55
lancre@saint-remy71.fr
www.lancre.saint-remy71.fr


Coup de cœur
Éveil et Découvertes, une maison d’édition pour la jeunesse installée à Chalon-sur-Saône !
En savoir plus : www.eveiletdecouvertes.fr

Coup de gueule
Plutôt un coup de « scepticisme » à l’égard de l’offre de Prêt numérique en bibliothèque (PNB), suite logique du prêt de liseuses. Aujourd’hui, sa promotion est assurée par des éditeurs de logiciels qui, via des modules complétant les portails et vendus à prix fort, nous laissent penser qu’ils offrent la clé d’accès au Graal.
Or le PNB interroge nos pratiques et la gestion de nos collections, il appelle des compétences quotidiennes de gestion numérique et de nouvelles formes de médiation via la formation des usagers, la garantie de leur droit d’accès à la lecture et l’ergonomie renouvelée des portails. Mais le renouvellement des SIGB (Système intégré de gestion de bibliothèque) et la mise en route de portails demeurent un investissement substantiel, lié souvent à un seuil de taille d’établissement. Le PNB direct me semble donc exclure d’emblée les petites structures, à moins que, effet positif, il les incite à se regrouper pour mutualiser leurs ressources informatiques et facilite ainsi l’impulsion donnée dans le cadre des réseaux de lecture publique départementaux ? À voir…