dossier • Librairie L’Autre Monde, Avallon (89)

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Date : 2015-03-25 15:05:58


Librairie L’Autre Monde, Avallon (89)

> Évelyne Levallois & Carole Amicel
« Le sel du métier de libraire »


L’agencement du magasin
La librairie existe depuis plus de 150 ans. Quand on l’a reprise en janvier 2013, on a voulu lui donner un nouveau souffle : on a changé de nom, réduit la surface de la papeterie, renforcé le rayon jeunesse avec un rayon jeux de société et jouets. On a réorganisé la librairie générale par pôles et brisé l’îlot central en mettant des tables sur roulettes. Cela permet d’avoir des unités plus appréhendables pour le client tout en rendant le lieu très mobile et beaucoup plus facile à animer.

Les tables changent deux fois par mois, avec le souci constant de se demander ce qu’on veut mettre en avant : on applique des règles de merchandising à un produit qui n’est pas un simple produit… mais qui est aussi un produit ! Il faut que les tables bougent, que les têtes de gondole bougent, c’est capital. Et pour faire travailler le fonds, un des vrais sujets, ce sont aussi les vitrines.

Politique d’animation
En arrivant, on pensait inviter des auteurs en fonction de nos envies ; c’était sans compter sur la pression du public qui pouvait aussi connaître des auteurs qui nous intéressaient, comme cela a été le cas avec Jean Radvanyi par exemple. Notre premier programme fut très chargé : une rencontre par semaine pendant 4 mois ! On était épuisées, mais on a fait des trucs formidables - y compris, donc, grâce aux propositions et réseaux de nos clients. Pour la première rencontre, on était 6 ; aujourd’hui, il peut y avoir 50 personnes pour une soirée autour de la poésie ! Toutes les animations ne marchent pas au même niveau, ne touchent pas le même public. C’est ce qu’on voulait : un certain éclectisme permettant de varier les propositions, puisque, librairie générale dans une ville de 8 000 habitants, nous n’avons pas qu’un seul public. On pensait également panacher le régional et le national avec l’idée que le régional aurait une assise forte. Bizarrement, ce ne sont pas les rencontres qui marchent le mieux.

La rencontre autour d’un livre, autour d’un auteur, autour d’un événement : quand on y pense, c’est tout le sel du métier de libraire. Si l’on veut que les clients ne s’orientent pas vers l’achat en ligne, il faut créer des souvenirs. Il faut qu’ils se disent au moment de cliquer : « je ne vais pas commander le livre ici alors que je l’ai découvert là-bas ! ». L’animation permet à un libraire de fédérer ses lecteurs autour de lui et de son enseigne. Cela permet également de créer une zone de chalandise plus large. Le but étant ici de faire connaître, de faire vivre un lieu.

Par ailleurs, je crois que l’événement humain pousse les lecteurs plus loin. La rencontre avec Marie-Hélène Lafon en est une belle illustration. C’est un auteur qu’on ne vendait pas très bien alors que je pense que c’est un des grands écrivains de la littérature française contemporaine, au même titre qu’Annie Ernaux. Il a fallu convaincre pour faire de cette soirée, qui nous faisait peur et plaisir à la fois, un événement pour les clients. La rencontre fut un vrai succès, tout le monde en est ressorti avec l’envie de la lire. On a désormais quasiment tous ses titres en rayon, qui tournent régulièrement. Marie-Hélène Lafon dit à ce propos une chose très juste : un public en librairie, ça se travaille. Et les rencontres y contribuent.

Partenariats et ateliers
On ne fait pas de bénéfices sur les rencontres. Mais tout ceci a généré des demandes d’associations qui font venir des auteurs ou qui organisent des manifestations, ce qui nous amène à faire des tables ou des librairies éphémères hors-les-murs et à développer des partenariats.
Il existait par exemple un partenariat historique entre la librairie et Samedi poésies Dimanche aussi (rencontres poétiques annuelles à Bazoches-du-Morvan) : dépôt de livres pour la manifestation et facturation des ventes. Nous souhaitions renforcer ce partenariat, notamment parce que nous ne sommes pas spécialistes de poésie, qu’il est compliqué de faire vivre ce genre en librairie et que cela nous semble pourtant essentiel. Or les organisateurs de cette manifestation ont un public et des compétences : désormais, nous proposons des rencontres ensemble à la librairie !

D’autres propositions, comme les ateliers, sont venues de manière empirique. Le rayon jeux est portant pour la librairie. Les clients nous demandaient ce qu’il y avait dans les boîtes. Le plus simple fut d’installer coussins et petites tables et de nous lancer ! Un mercredi sur deux donc, nous proposons de découvrir des jeux dans l’espace jeunesse. Et ces ateliers ont débouché sur des animations auprès d’un public scolaire et notamment d’enfants souffrant de troubles de l’attention et de difficultés d’apprentissage.
Aujourd’hui, ces enfants qui ne mettaient pas les pieds à la librairie y viennent en courant pour trouver le rayon jeux. Petit à petit, ils touchent aux livres, et même s’ils ne les lisent pas, ils en font une lecture graphique.

Le label LiR (Librairie indépendante de Référence)

Le label signifie que la librairie a changé. Il était important de le dire, surtout auprès de nos fournisseurs : « la librairie est dans le bon sens et il va falloir compter avec nous ! ». Faire savoir que la librairie est labellisée, qu’elle fait partie du groupement Initiales, association nationale de libraires indépendants, c’est démontrer notre professionnalisme qui est un des combats de la librairie d’aujourd’hui. Et c’est aussi une façon de valoriser notre propre clientèle.

Un grand souvenir

Notre lien avec Olivier Truc restera un événement un peu mythique. Son livre Le dernier Lapon (Éd. Métailié) fut le premier coup de coeur de la librairie. On a dû en vendre 80 exemplaires en grand format, ce qui est beaucoup pour la boutique, et 150 exemplaires en édition poche. C’est en conseillant ce livre que s’est instaurée une relation de confiance avec nos clients. J’ai raconté cette histoire à Olivier Truc lorsqu’on l’a reçu à l’occasion de la parution de son dernier livre. Et lui de dire qu’il reviendrait pour le prochain et pour le suivant encore ! Cet auteur qui vend très bien, qui est journaliste au Monde, qui vit en Suède, s’est dit qu’il faisait partie de l’histoire de cette librairie dans le Morvan.


• Entretien réalisé par Sylvain Loux

© Librairie L'Autre Monde - Le poète Patrick Dubost en novembre 2014

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